
AGUA music 2025/Inouïe Distribution
Quentin Dujardin nous revient avec de nouvelles mélodies imparables et une énergie de feu portée par une génération de musiciens que l’on ne présente plus: Didier Laloy, Nicolas Fiszman & Manu Katché. Chacune de leurs apparitions laisse une trace indélébile aux couleurs universelles dans le coeur du public.
Produit par Lee Townsend, ce nouvel album SAISON ORANGE est dédié à cette guitare discrète dont les cordes nylon dessinent des espaces infinis. Peindre des paysages reste en effet une addiction pour Quentin Dujardin. Sa traversée dans l’exploration de l’instrument reflète son goût inchangé pour l’aventure, une forme de dévotion quasi religieuse: un lien vers sa propre intériorité et celle qui le relie à son public.
Le guitariste confirme aussi son attirance pour les envolées lyriques comme en atteste notamment l’invité de ce disque, le trompettiste norvégien, Mathias Eick. Pour clôturer ce disque, il ouvre la porte du cover avec cette reprise dépouillée du titre ‘L’Enfer’ de Stromae.
Quentin Dujardin est un instinctif dont la prise de liberté semble sans fin. L’artiste cultive ce goût du risque pour ré-inventer son propre univers musical, aussi pour fuir l’encombrement d’être catalogué. SAISON ORANGE marque un tournant dans la discographie du guitariste qui nous parle de cette “cinquième saison”: celle dont la nature se pare entre l’hiver et le printemps; celle de ces champs pesticidés autour de son village et rendus orangés sous l’effet de l’homme pour assurer l’illusion d’une meilleure survie.
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« C’est le troisième album sur lequel je travaille autour de la musique du guitariste et compositeur Quentin Dujardin. Il y a quelques années, j’avais eu le plaisir de réaliser ‘Distances’ et, l’année suivante, son projet blues ‘Kalaban Coura’, un subtil mélange avec la musique malienne. Dans les deux cas, la musique était emplie de fraîcheur et d’originalité mais aussi ambitieuse quant à sa portée tout en restant simplement belle. Elle démontrait une promesse certaine pour l’avenir.
Treize ans plus tard, cette nouvelle opportunité s’est présentée à moi avec ce dernier album du guitariste en version quartet cette fois-ci autour de l’indomptable section rythmique de Manu Katché (batterie) et Nicolas Fiszman (basse), ainsi que de l’accordéoniste et coloriste extraordinaire Didier Laloy. Les compositions de Quentin, réalisées par ce groupe de collaborateurs merveilleusement constitué, ont en effet révélé le genre de promesse accomplie dont on ne pouvait que rêver au début des années 2010. Ce fut une chose remarquable et excitante à observer. Leur présence à chacun a porté la musique de Quentin et mis en valeur son jeu étonnant.
J’ai eu le privilège de travailler avec bon nombre de guitaristes/compositeurs brillants au fil des ans. Le travail de Quentin et son processus créatif ont montré qu’il avait sa place parmi ce club innovant de ces illustres musiciens. Je me sens privilégié d’avoir été invité à collaborer avec lui pour faire connaître cette musique au monde. Et je pense qu’elle est plus nécessaire que jamais. »
Lee Townsend, Berkeley, Californie, Mars 2025
| PRESSE |
« L’artiste approfondit patiemment le sillon qu’il a creusé, loin des terres exploitées par la plupart de ses contemporains » – Jazz Magazine (FR)
« Album après album, Quentin Dujardin dessine une discographie remarquable » – Jazz News (FR)
« Mis en relief par une production lumineuse de Lee Townsend, Saison Orange arpente les territoires du rêve à travers neuf instrumentaux d’une grâce persuasive. » – Jazz Mania (BE)
« Une guitare éblouissante, des mélodies implacables, des grooves lancinant, une atmosphère ensorcelante » – Le Soir (BE)
« Splendide album, peut-être son meilleur… album essentiel 2026 !» – Jazz Rhône-Alpes (FR)
« Dujardin ajoute une œuvre impressionnante à un répertoire remarquable et singulier. » – Minor 7th (US)
« Le guitariste poursuit un chemin très personnel, loin des modes. » – France info (FR)
« Incarnation d’un jeu à l’économie, Quentin Dujardin exprime des images fortes. » – Star Wax (FR)
« Finesse & élégance, un jeu sans esbroufe » – Jazz Action (FR)
« L’artiste ne fabrique pas seulement du beau et de l’émotion, il partage aussi un engagement citoyen. » – Q.D. dans Jazz Mania (BE)
« Quentin Dujardin brille de mille feux avec sa guitare nylon » – Jazz’Halo (BE)
**** Le Soir, Novembre 2025 (BE) – chronique par Jean-Claude Vantroyen
Cet album est sans doute une nouvelle étape pour le guitariste belge Quentin Dujardin. L’amorce, avec Epiphytes, est terriblement accrocheuse, avec le riff de basse de Nicolas Fiszman, la guitare éblouissante de Quentin, l’accordéon coloriste de Didier Laloy et la batterie indomptable de Manu Katché. Avec, en prime, pour ce premier morceau, la trompette aérienne de Mathias Eick. Une mélodie implacable, un groove lancinant, une atmosphère pop jazz envoûtante. Les chansons qui suivent ne déçoivent pas. L’atmosphère reste ensorcelante, comme l’osmose des quatre musiciens et les compositions, toutes de Quentin. Cet album vient marquer la belle carrière du guitariste belge d’une pierre blanche : on s’y sent encore mieux que dans ses précédents opus. Si l’album a été enregistré chez lui, aux Avins-en-Condroz, il a été mixé à Berkeley, aux Etats-Unis, et produit par Lee Townsend, qui a travaillé avec Scofield, Frisell, Loudon Wainwright III, Dave Holland et Marc Johnson, ce qui n’est pas rien. Cinq morceaux en quartet, quatre en solo, tous possèdent une sonorité incroyable et tous sont à savourer, sans aucune modération.
*** Jazz Magazine, Janvier 2026 (FR) – chronique par Félix Marciano
Voilà déjà plusieurs années que Quentin Dujardin approfondit patiemment le sillon qu’il a creusé, enchaînant les albums et les concerts avec une persévérance tranquille, loin des terres exploitées par la plupart de ses contemporains, dans lequel il cultive consciencieusement sa singularité. Car le guitariste belge n’entre pas dans les espaces stylistiques ordinaires, dépassant les limites du jazz, du classique et des folklores imaginaires. Sans réelle surprise, Saison Orange s’inscrit ainsi dans la continuité parfaite de ses précédentes réalisations, magnifiquement enregistré avec des compagnons de longues dates – notamment Manu Katché, toujours aussi élégant à la batterie, et le trop rare et impeccable, Nicolas Fiszman à la basse. On y retrouve son jeu de guitare caractéristique, ses phrases empreintes de poésie, tout en retenue et en délicatesse, sans précipitation ni esbrouffe, ses thèmes éthérés sur des accords ouverts. Un musique plus modale que tonale, souvent en suspension, dans la contemplation, avec quelques titres relevés de tourneries aux parfums orientaux. Un univers profondément paisible, à mille lieux de l’agitation, que certains trouveront sans doute un brin lisse, avec ses mélodies et ses harmonies jolies mais simplistes, quand d’autres verront dans cette musique épurée une merveilleuse invitation à l’abandon.
*** Jazz News, Janvier 2026 (FR) – chronique par Bruno Guermonprez
Lyrique & aérien
Album après album, le guitariste Quentin Dujardin dessine une discographie remarquable. Evidemment, il faut adhérer à cette esthétique très spécifique avec la sonorité de la guitare à cordes nylon qui appelle un lyrisme très aérien, une certaine technicité dans l’écriture et l’exécution ainsi qu’une production ad hoc (ici prise en charge par Lee Townsend connu pour avoir oeuvré auprès de Bill Frisell) qu’on peut trouver, selon sa boussole, un peu clinquante. Reste que l’on demeure touché par le tapis de couleurs et de belles mélodies que tisse un groupe soudé autour de son leader et totalement au service de ses intentions. Et un groupe réunissant l’accordéonniste Didier Laloy, le bassiste Nicolas Fiszman et la batteur Manu Katché constitue en soi un privilège dont Quentin Dujardin tire tous les bénéfices possibles pour partager une si belles lumières intérieures.
Jazz-Rhone-Alpes.com, Décembre 2025 (FR) – chronique par Michel Clavel
Inclassable
Album après album, notre ami belge Quentin Dujardin ne cesse de s’affirmer comme un peintre sonore, égrenant ses compos atmosphériques comme autant de tableaux impressionnistes inspirés des éléments naturels et des paysages qui l’entourent. Par la résonance magique de ses cordes nylon, ce virtuose de la guitare croisant jazz, baroque et musique du monde nous ouvre à chaque fois des espaces infinis. A l’instar de son compatriote accordéoniste Didier Laloy, apprécié sur leur bien nommé Water & Fire (2019) où il était déjà question de saison printanière (Avril, Mai, Juin,…), puis sur le post-covid 2020 qui dévoila un quartet de choc, puisque les deux compères y sont désormais encadrés par l’une des pairs rythmique les plus ébouriffantes et enviées qui soit, avec Manu Katché aux drums et Nicolas Fiszman à la basse [Ndlr: Manu jouait déjà sur Catharsis, précédent album de Quentin avec le pianiste Ivan Paduart, où c’était alors Richard Bona à la basse.]
C’est donc ce fabuleux quartet qui nous revient aujourd’hui avec Saison Orange, produit par le californien Lee Townsend (réputé pour son travail avec les plus grands guitaristes, c’est sa troisième collaboration avec Quentin Dujardin), et que le compositeur naturaliste définit comme une cinquième saison. Entre hiver et printemps, celle où les champs qui entourent son paisible village se parent d’un reflet orangé sous le triste effet des pesticides qui leurs sont administrés à cette époque.
Epiphytes (signifiant qui croit sur une autre plante) entame la déambulation sur une ligne rythmique pop-rock et trace une fresque impressionniste où la clarté des cordes ouvre des paysages oniriques, avec en feat. le grand trompettiste danois Mathias Eick (Manu Katché, Lars Danielsson, Vincent Peirani,…) dans un dialogue vaporeux avec l’accordéon.
La Croisière avec son tempo plus blues-rock, nous évoque plutôt une chevauchée des plaines du mid-west, avec un souffle d’accordéon qui se substitue à un harmonica. D’équidé il est justement question avec Janette sur son cheval, titre bien dans l’esprit d’une chanson folk, douce perle de guitare solo avec un tricot classique et une mélodie qui tient de la broderie, tendre et élégante. Elle prend des couleurs plus flamenca en affirmant son caractère dans un joli croisement de cordes avec la basse sur le titre éponyme Saison Orange. Sur près de six minutes, elle sera plus légère et guillerette pour le bien nommé Douce avec son groove tranquille sur une ligne de basse toujours virile.
Mais si Argile, proposé à nouveau en guitare solo, a la pureté bienfaitrice de son titre le temps d’une plage atmosphérique et contemplative, les loups sortent du bois quand arrivent Septembre, la bombe de la rentrée avec sa rythmique nettement jazz-rock et des attaques basse-batterie qui envoient bien comme on aime !
Dans l’esprit d’Argile, Vivace fait malgré son titre un retour vers l’apaisement avec une guitare alanguie, avec des cordes grinçant sous les doigts dans un jeu d’obédience classico-baroque (rappelons qu’on entend par ailleurs Quentin sur ce créneau avec le violoncelliste Matthieu Saglio dans l’ensemble Résonance du contre-ténor Samuel Cattiau). Avant de clore ce splendide album – peut-être son meilleur – par une mélodie qui d’emblée nous semble déjà connue. Et c’est bien normal, puisque cette seul reprise (instrumentale) est celle de L’Enfer de son compatriote Paul Van Haver, plus célèbre sous le pseudo Stromae, artiste qui comme lui partage un regard écoresponsable et inquiet sur cette planète.
Starwax, Janvier 2026 (FR) – chronique par Vincent Caffiaux
À l’image de Marc Ribot, le proche guitariste de Tom Waits et ses accords cubistes ou de Vini Reilly, l’âme de The Durutti Column et auteur d’opus sublimes, Quentin Dujardin génère un univers unique. Repéré au sein du sillon malien avec Kalaban Coura ou via une reprise prenante de Summertime Sadness de la prisée Lana Del Rey, l’homme revient aujourd’hui avec Saison Orange. Entouré par une formation compacte dont le batteur Manu Katché, le compositeur et interprète attaque de pied en cap avec Epiphytes, une plage cinématographique en diable. Incarnation d’un jeu à l’économie (un gage d’élégance en soi), Quentin Dujardin exprime de fait des images fortes comme l’induit La Croisière et ses allures de road trip ou bien encore Janette Sur Son Cheval dont la mélodie façonne les moindres plis sur la carte du tendre. Doté d’une touche harmonieuse, Saison Orange joue pourtant la diversité comme l’illustre l’haletant Septembre et ses effets magnétiques fascinants. Reste une ouverture artistique de tous les instants, une vision qui rappelle que le jazz ne vaut finalement qu’au contact de Stromae des autres registres et cultures. C’est le cas notamment de L’Enfer, un titre du chanteur belge dont le thème implacable et les polyphonies initiales sont sublimés ici avec force : chaudement conseillé par Star wax.
Jazz Mania, Décembre 2025 (BE) – entretien avec Jean-Pierre Goffin
~ Quentin Dujardin n’aime pas la Saison orange ~
Quentin Dujardin : J’ai l’habitude de passer d’une formule minimaliste à une formule plus grande. Le précédent album était un duo avec Olivier Ker Ourio, juste guitare et harmonica sans overdub. Le quartet est le quatrième album qu’on fait dans une formule plus élargie, j’aime beaucoup parce que ça me permet d’étendre plus l’idée du groove, de mettre en évidence des mélodies portées par des grooves. De plus, une rythmique avec Nicolas et Manu (Fiszman et Katché – NDLR) c’est exceptionnel, ils apportent de la simplicité, de l’efficacité dans le portage de la musique. Ça magnifie des mélodies qui sont en réalité très simples, il n’y a pas de difficulté à les jouer. J’ai un peu fait le nettoyage dans ce jazz qui peut être parfois un peu cérébral, un peu trop égocentrique. J’essaie de rendre la musique plus partagée vers le public et cette formule est extraordinaire pour ça : on est très heureux d’être dans cette énergie, dans cette simplicité mélodique, et c’est un grand plaisir de jouer ensemble, d’être content de se retrouver. C’est important pour moi aussi de mettre quelque chose qui reste dans l’oreille des gens, de clarifier le message musical.
Une formule qui ouvre la porte à l’improvisation.
Q.D. : Les mélodies sont une excuse pour laisser de la place à une improvisation qui n’est pas nécessairement complexe, mais qui est l’image d’un son qui reste. Ce que j’aime dans le jazz, c’est la notion de liberté, de ne pas être placé dans une case. J’ai beaucoup d’admiration pour Bill Frisell qui est dans cette démarche vers un public, avec le sens du partage. Ma musique a toujours été très simple dès le départ.
Et elle permet de modifier les formules : tu présentes aussi la musique de cet album en concert en duo avec Nicolas Fiszman, avec Didier Laloy…
Q.D. : Exactement. J’ai toujours considéré que le travail en studio est radicalement différent du live. Je me pose toujours la question de savoir si la musique enregistrée en studio est jouable seul, et c’est oui, tout part d’une guitare. On n’est pas tenu à la création qui est gravée sur un disque. On est libre, c’est le champ de création du jazz. Et les musiciens avec qui je joue comprennent ça : Nicolas par exemple a trente, quarante ans de studio derrière lui, et il comprend le son en live pour le partager avec le public.
C’est d’autant plus vrai quand tu reprends un « standard » qui est déjà dans les oreilles du public : je pense évidemment à « L’Enfer » de Stromae.
Q.D. : Je n’avais encore jamais ouvert la porte à un standard… Beaucoup de guitaristes le font et les gens attendent ça. C’est quelque chose qui ne m’attirait pas. Ce qui s’est passé ; c’est que j’ai fait la musique d’un documentaire qui parle de la santé mentale, « Tout va s’arranger, ou pas », qui parle des conséquences du covid sur les jeunes entre 13 et 18 ans. Ce documentaire m’a marqué, dans une cause que je ne connaissais pas vraiment, celle de ces jeunes perdus par l’isolement à cause du covid, par la médication qui n’était pas toujours adaptée à leur pathologie. Le réalisateur Pierre Schonbrodt m’a juste dit que j’avais carte blanche pour la musique, mais qu’il souhaitait que je reprenne à ma façon le titre « L’Enfer » de Stromae qui parle de la santé mentale. Je connaissais sa performance en direct au journal télévisé en France, un moment d’anthologie au-delà de la musique pour faire passer le message. J’ai repris le morceau avec ma guitare baryton avec une prise de son novatrice, des octaveurs qui « détunent » certaines cordes mais pas d’autres, ce qui donne un spectre énorme au morceau à deux guitares qui est quasiment symphonique. J’ai proposé à Lee Townsend de le reprendre sur le disque : il est américain, il ne connaissait pas la chanson et a proposé qu’on l’intègre dans l’album. Quand on le joue en live, on explose le thème tout en le jouant de façon monastique, c’est-à-dire avec les règles de reconnaissance du thème extrêmement simple avec un côté baroque.
D’où vient le titre de l’album « Saison orange » ?
Q.D. : J’observe que dans nos campagnes condruziennes, belges et aussi partout en Europe, il y a une cinquième saison, entre la fin de l’hiver et le début du printemps, une saison orange. Alors que le paysage redevient vert, que les bourgeons sortent, il y a tout à coup une couleur orangée sur des centaines d’hectares de façon très géométrique qui provient du traitement par l’homme des plantations par des pesticides, le traitement des pommes de terre notamment. Cette couleur qui n’appartient pas à la nature m’horrifie : on sait aujourd’hui que la percolation dans nos sols est maximale et entraîne les résidus de ces pesticides dans le sol. On sait de façon évidente que nos nappes phréatiques sont polluées par des produits qui arriveront dans des multinationales. L’assujettissement de notre nature, la beauté de notre paysage, le jour où ça ne fonctionnera plus, que notre terre sera morte, ces sociétés partiront ailleurs sans s’encombrer des dégâts sur nos terres. L’artiste ne fabrique pas seulement du beau et de l’émotion, mais a aussi un certain engagement politique à partager. Tout ça a été longuement mûri dans mon esprit, ça m’est apparu suite à mon concert interdit dans l’église de Crupet (NDLR pour rappel : jazzmania.be), et je me suis rendu compte que je pouvais avoir une portée politique qui pouvait avoir un impact sur les gens et faire bouger les lignes dans ma petite mesure. Tout le monde devrait être sensibilisé par ces problèmes.
Il y a des éléments plus réjouissants dans ta musique, il y a la famille.
Q.D. : Il y a deux morceaux pour mes filles : « Douce » et « Janette sur son cheval ». Un des paradoxes d’être musicien, c’est la difficulté de concilier son métier avec la vie de famille, avec les voyages, les concerts, des moments complètement décalés. Ecrire des morceaux en pensant à mes proches, c’est un moyen de penser à eux, à ce que je laisse comme trace. La musique a un pouvoir sur le temps et sur le lien sensoriel. La musique a une puissance par rapport à ça. C’est un paramètre très important dans ma musique, associer une personne à ma musique.
C’est le cas de Didier Laloy.
Q.D. : Didier est citadin à la base, il a migré depuis trente ans dans le Condroz. On est très proche pour l’amour de la campagne, elle nous rapproche de nos musiques.
Associer batterie, guitare acoustique, accordéon, basse électrique, un challenge ?
Q.D. : Il n’y a pas de règle. Ce qui compte, c’est la perspective qu’on donne dans le son, faire un mélange qui apporte quelque chose. Mêler une guitare acoustique avec la batterie de Manu Katché qui claque, il y a une dichotomie totale au point de départ, alors qu’en réalité c’est justement ce contraste-là avec le son doux d’une guitare nylon : tout est dans l’art d’affiner le son, le travail de studio, c’est là que ça devient intéressant, inattendu.
Et en live ?
Q.D. : Tout l’art, c’est celui de l’ingé-son qui donne autant de puissance par rapport à une batterie. La question est d’être dans la même cour et de jouer de la même manière qu’eux. C’est un travail long sur le son et qui a trouvé l’équilibre que je cherchais depuis longtemps.
Jazz’halo, Décembre 2025 (BE) – chronique de Stephen Godsall
Le guitariste et compositeur belge Quentin Dujardin publie des albums depuis 2002 et compose également des musiques de film. Pour ce nouvel opus, il a réuni un groupe de rêve avec Manu Katché à la batterie (connu pour ses collaborations avec Jan Garbarek, Sting et Peter Gabriel), Nicolas Fiszman à la basse électrique (ayant travaillé avec Alphonse Mouzon, Joe Zawinul et Trilok Gurtu) et son collaborateur régulier Didier Laloy à l’accordéon diatonique. Son nouvel album s’articule autour de ce titre SAISON ORANGE, « ce disque nous parle de cette “cinquième saison”: celle dont la nature se pare entre l’hiver et le printemps; celle de ces champs pesticidés autour de son village et rendus orangés sous l’effet de l’homme pour assurer l’illusion d’une meilleure survie ». Une belle idée, certes, mais la musique évoque davantage le printemps plutôt que l’hiver : rhapsodique et harmonieuse. Le style de Dujardin fait un usage brillant des arpèges et les compositions se développent de manière organique plutôt que de suivre une structure « thème-solo-thème ». L’interaction et le dialogue entre les instruments sont d’une grande fluidité. Le morceau d’ouverture, « Epiphytes », met également en vedette le trompettiste visionnaire norvégien Mathias Eick et bénéficie d’une énergie communicative portée par une section rythmique exceptionnelle et une mélodie puissante. Bien que la plupart des morceaux de l’album soient composés par Dujardin, il se fait discret et se met au service de la musique. Le deuxième morceau, « La Croisière », le met en valeur à la guitare slide expressive, en interaction harmonieuse avec l’accordéon sur un titre funk entraînant. Puis, « Janette sur son cheval » présente un solo de guitare, avec un son intimiste capté au plus près du micro, qui explore toutes les nuances. Le morceau éponyme déploie toute la puissance du quatuor, dans une composition raffinée qui met en lumière l’improvisation collective. « Douce » combine guitares acoustique, électrique et slide dans un contrepoint aéré, soutenu avec inventivité par les trois autres musiciens. « Argile » est un magnifique duo pour deux guitares en tempo libre, avec des mélodies et des harmonies exploratoires qui fusionnent, une fois de plus, composition et improvisation. Le morceau percutant et rythmé par les riffs de « Septembre » présente un jeu à l’unisson saisissant entre guitare, accordéon et basse, évoquant Chick Corea, et s’épanouissant dans un registre plus électronique pour son apogée. La batterie est particulièrement réussie. « Vivace » débute également par un solo de guitare impressionniste ; des arpèges changeants et évocateurs introduisent progressivement une ligne mélodique à la guitare électrique. L’ensemble met en valeur la technique impeccable de Dujardin à la guitare fingerstyle et son approche créative de l’harmonie. Le dernier morceau est une version de « L’Enfer » de Paul Van Haver/Stromae pour ensemble de guitares et piano. L’alternance entre les enregistrements du groupe et les pistes de guitares séparées contribue à la richesse de l’album. Il s’agit d’un album abouti, composé de morceaux de grande qualité interprétés par des musiciens chevronnés, avec Quentin Dujardin qui brille de mille feux à la guitare nylon.
Jazz Mania, Décembre 2025 (BE) – chronique de Pierre Dulieu
Avec son tourbillon de poussière orange qui semble surgir de la guitare, la photo en couverture intrigue. L’auteur la relie aux teintes prises par la nature à la fin de l’hiver dans sa région du Condroz, tout en évoquant, dans une sensibilisation salutaire, l’utilisation intensive d’herbicides. Voici donc, porteur d’un message, le nouvel album du guitariste Quentin Dujardin qui l’a enregistré en compagnie de l’accordéoniste Didier Laloy, du bassiste Nicolas Fiszman et du batteur Manu Katché.
Dès le premier titre, « Epiphytes », on se perd dans une forêt ombrophile aux arbres couverts de mousse et de lichen. Sur une pulsation lancinante, la trompette magique de Mathias Eick s’élève puis se déploie avec éloquence, diffusant un parfum d’air humide et traduisant en notes la majestueuse splendeur végétale. « La Croisière », qui vient ensuite, entraîne l’auditeur sur la mer profonde que fend un frêle esquif poussé par les glissandos d’une guitare jouée en slide. La richesse des mélodies est au cœur de ces musiques douces, dépourvues d’affectation, de prétention ou de démesure, qui dessinent inlassablement des paysages hachurés par une rythmique d’une immense précision et finement colorisés par l’accordéon de Didier Laloy. Les cordes en nylon de la guitare procurent un surcroît de douceur aux phrases fluides et élégantes. Sur des compositions comme « Saison Orange » ou « Douce », le dialogue entre les deux instruments solistes crée des superpositions de couleurs comme dans un tableau impressionniste. L’ambiance générale du disque est lyrique, sereine, voire introspective mais toujours chaleureuse. Et quand le tempo se fait un rien plus vif, comme sur « Septembre », l’harmonie musicale demeure intacte et continue de faire surgir des images fortes.
Mis en relief par une production lumineuse de Lee Townsend, Saison Orange arpente les territoires du rêve à travers neuf instrumentaux d’une grâce persuasive.
Minor 7th, Janvier 2026 (US) – chronique de James Filkins
Au cours des 23 dernières années, le virtuose belge de la guitare Quentin Dujardin a publié 25 albums et composé cinq bandes originales de films. Au sein de cette œuvre impressionnante se déploie une palette sonore d’une richesse et d’une profondeur exceptionnelles, sans cesse renouvelée, intégrant des éléments de musique classique, contemporaine et traditionnelle, avec une nette prédilection pour le jazz. C’est sa virtuosité à la guitare nylon qui m’a d’abord séduit. J’ai rapidement découvert son jeu sublime à la guitare slide et son talent pour composer des mélodies rythmiques uniques, entraînantes et captivantes. Créer des idées musicales est une chose, mais posséder le don de les porter à de tels sommets créatifs en collaboration avec d’autres musiciens en studio contribue grandement à la singularité de Dujardin. Saison Orange s’ouvre sur « Epiphytes », où le bassiste Nicolas Fiszman, le batteur Manu Katché et la guitare de Dujardin tissent un territoire sonore rythmique et vibrant, lentement et subtilement enrichi par les interventions du trompettiste norvégien Mathias Eick et de l’accordéoniste Didier Laloy, créant ainsi un savoureux mélange de jazz aux accents méditerranéens. Le deuxième titre, « La Croisière », met en scène Laloy et Dujardin échangeant des solos d’accordéon et de guitare slide sur un groove irrésistible et funky, signé Dujardin, Fiszman et Katché. Ce nouvel album offre un mélange incroyablement réussi de morceaux portés par des grooves précis, fruits de la synergie entre Fiszman, Katché et Dujardin, et de mélodies de guitare finement ciselées qui nous transportent dans un univers à part. Sur « Janette Sur Son Cheval », le troisième morceau, une douce mélodie émane du jeu de guitare effervescent et raffiné de Dujardin, s’épanouissant en un duo mélancolique, comme un dialogue intérieur. De même, « Argile » (« Argile ») met en lumière la capacité de Dujardin à offrir les deux facettes d’un duo de guitares, avec des voix élégantes et complexes qui déploient une mélodie et une atmosphère délicates et improvisées. « Vivace » (« Pérenne ») s’ouvre sur de gracieuses notes arpégées qui se déploient lentement avant de glisser vers un rythme rubato classique et sinueux, servant de base à une guitare électrique intrigante qui flotte à la surface et se mêle parfois au rythme, avant de s’estomper pour laisser place à la beauté du début. Entre ces morceaux se trouvent le titre éponyme, « Douce » (« Douce ») et « Septembre », tous trois reposant sur la puissance et la fusion de la guitare nylon, de la basse et de la batterie, offrant un écrin à un jeu de guitare solo exquis de Dujardin, souvent entrelacé et accentué par l’accordéon captivant de Didier Laloy. « Septembre » est un titre phare, avec un rythme d’une puissance phénoménale qui donne l’impression que Dujardin, Fiszman, Katche et Laloy canalisent Weather. Report, Return to Forever et John McLaughlin fusionnent dans un morceau intense, sublime et débordant de joie sonore ! Sur le dernier titre, une reprise de l’entêtant « L’Enfer » de Stromae, il met en valeur son jeu de slide charismatique. Saison Orange est un album d’un équilibre surprenant et complexe, offrant une multitude de moments musicaux délicieux. Certains diraient que Dujardin est un guitariste hors pair, mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. Son véritable talent réside dans ses compositions et l’affinité sonore qu’il crée avec d’autres musiciens. Avec cet album, Dujardin ajoute une œuvre impressionnante à un répertoire remarquable et singulier.
Singulars, Février 2026 (FR) – chronique de Jean de Faultrier
Quentin Dujardin, premier d’encordée
« Le silence entre deux notes est mon reflet le plus intense. » – Quentin Dujardin
Donner une place du silence entre des cordes qui chuchotent, vibrent, haranguent, emmènent…
Tel est le dessein éloquent sans être bavard du guitariste Quentin Dujardin qui nous invite à nous rendre le 18 février 2026 au New Morning, théâtre d’un moment de musique absolument indispensable pour rester vivant dans ce monde.
Un homme, une guitare: un monde
Un homme, une guitare. Les images sont nombreuses, à commencer par celle de l’homme libre qui parcourt le monde avec sa guitare, cet homme en mouvement dont la langue commune avec ceux et celles qu’il rencontre a pour truchement une demi-douzaine de cordes en nylon et la blondeur d’un bois matifié par la main.
Parcourir le monde, Quentin Dujardin l’a fait et continue de le faire, nouant ici et là des rencontres intenses produisant des musiques intenses.
Une autre image est celle de ce que le musicien traduit de la réalité qu’il observe en quête de traduction et de langage. Des mots et des notes augmentent le parcours. Cette réalité Quentin Dujardin la fait sienne.
Sa musique est d’autant plus intense qu’elle offre de notre monde un éclairage nuancé de promesses.
On dit de lui qu’il est « délicat et tranché »
Son album « Serendipity » sorti en 2024, traduisait déjà parfaitement ce commentaire, un album littéralement augmenté par l’ambiance particulière que crée la co-présence de l’harmoniciste Olivier Ker Ourio car ce n’est pas un accompagnement mais un dialogue.
« Saison Orange » arrive à point nommé pour prolonger les sillages inspirés du guitariste, percevoir sa liberté à la fois instinctive et profondément travaillée sans qu’il se départisse d’un regard environnemental et humain. Qu’ajouter sinon que son producteur n’est autre que Lee Townsend que l’on connaît en particulier auprès de Bill Frisell dont la guitare fait du jazz ce qu’il est dans son essence même, sinon également que les musiciens aux côtés de Quentin Dujardin sont Didier Laloy, Nicolas Fiszman et l’heureusement omniprésent Manu Katché (Ah le très mélancolique « Broken China » du regretté Richard Wright).
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***** Action Jazz, Février 2026 (FR) – chronique de Philippe Desmond
Il y a quelques mois j’avais rencontré le guitariste belge Quentin Dujardin lors du Anglet Jazz Festival et il s’en était suivi cette chronique de quelques-uns de ses albums : autour du guitariste quentin dujardin 3 albums
C’est donc avec plaisir que je découvre ce nouvel album Saison Orange.
Le revoilà en quartet et parfois en solo, sauf sur le premier titre où le trompettiste Mathias Eick vient colorer ce morceau au beat quasi disco et au groove gaillard, où la guitare arrive à se glisser avec délicatesse.
Délicatesse, le dénominateur commun aux interventions de Quentin Dujardin, finesse, élégance, un jeu clair sans esbroufe. C’est son style. S’appuyant sur une rythmique impeccable avec ses fidèles Nicolas Fiszman et Manu Katché, épaulé par l’accordéon diatonique de Didier Laloy, Quentin nous propose ses mélodies apaisées et contrastées.
Le voilà en solo comme par exemple « Janette sur son cheval » ( Il faut que ce soit un Belge pour ne proposer sur son album que des titres en Français… Bravo ! ) est-ce du jazz de la guitare classique, qu’importe, l’oreille est flattée, heureuse de recevoir cette offrande. « Argile » et « Vivace » un peu plus loin nous donneront les mêmes sensations.
S’il fallait un titre pour résumer cet album voilà « Saison Orange » débuté en solo de guitare puis rattrapé par la patrouille rythmique et le dialogue avec l’accordéon. « Douce » aussitôt après, confirme ce propos, avec ce son si particulier et agréable de l’assemblage des deux solistes.
« Septembre » nous emporte ailleurs vers un univers plus tourmenté au beat bien marqué, pas loin du binaire rock mais parfois réservant des surprises éthérées apaisantes.
Le dernier titre n’est pas une composition de Quentin, mais d’un de ses compatriotes, le maestro Stromae. « L’Enfer » est une chanson dramatiquement émouvante du chanteur belge. Certes ici les paroles tragiques ont disparu mais l’émotion est, elle, toujours là, dans cette guitare qui étale ses sanglots, ces cordes profondément tourmentées ; superbe.
Quentin Dujardin fait son chemin avec sûreté, tranquillité, si vous voyez son nom sur une affiche de concert allez-y. En attendant profitez de cet album.
Jazz-Rhone-Alpes.com, Avril 2026 (FR) – chronique concert Jazz à Vienne par Michel Clavel
En délicat peintre impressionniste, toujours très inspiré par les paysages naturels qui l’entourent au gré des saisons, le grand guitariste belge nous livre une saisissante et poétique fresque sonore où ses compositions ciselées prennent en live leur pleine dimension onirique. Avec son fidèle complice, l’accordéoniste Didier Laloy, voilà deux fins mélodistes qui roulent ici en Rolls, boostés côté moteur par la mirifique paire rythmique constituée de Nicolas Fiszman et Manu Katché. Soit un quatuor de pointures exceptionnel pour nous entraîner dans un merveilleux voyage. Magistral de bout en bout !
On avait une fois encore été émerveillés à l’automne dernier par le nouvel album du guitariste belge Quentin Dujardin, et l’occasion d’entendre ce magnifique répertoire en live, là où l’onirisme de ses compositions prend sa pleine dimension, était à saisir jeudi soir au Manège (en coproduction avec Jazz à Vienne), d’autant que ses passages par chez nous sont plutôt rares (voir ici). Quel bonheur alors, partagé par un très nombreux public, d’y entendre cet adepte des cordes nylon qui, tel un peintre impressionniste, dessine, disque après disque, des tableaux sonores atmosphériques inspirés des paysages qui l’entourent. Avec « Saison Orange », que l’on a retenu dans notre Best-Of 2025, cet amoureux de la nature nous ouvre des espaces infinis, nourris d’une vaste gamme musicale croisant jazz, baroque, world, blues au son parfois plus rock. Il y évoque ce qu’il nomme une cinquième saison, ce moment particulier entre hiver et printemps où les champs qui entourent son village campagnard près de Liège prennent soudainement des reflets orangés sous le triste effet des pesticides qui y sont dispersés.
Un casting de rêve
Pour narrer cette fresque, on peut compter sur la fabuleuse virtuosité de son quartet où l’on retrouve son fidèle complice et compatriote Didier Laloy, accordéoniste diatonique, lui aussi expert en évocations climatiques, constituant un duo de mélodistes hors-pair qui roulent en Rolls puisqu’ils ont comme moteur l’une des paires rythmiques les plus costaudes et magiques qui soient, avec l’immense bassiste Nicolas Fiszman, Belge lui aussi et instrumentiste à l’impressionnant C.V, et la star légendaire des baguettes Manu Katché à la batterie. Et si tout, dans ces compositions nouvelles, n’est que délicatesse et expressivité émotionnelle ciselée avec une extrême finesse, il va de soi que ces deux pointures exceptionnelles leur confèrent en supplément un impact sonore aussi puissant que savamment dosé et contenu.
Comme sur disque (mais là, sans la trompette du Danois Mathias Eick), c’est Epiphytes qui inaugure le voyage par les frottements sur les cordes de guitare, démultipliés par un looper. Un blues de cow-boy où l’accordéon nous chante la mélodie avant que la basse lui réponde, tandis que progressivement le son général monte en intensité de façon haletante. Puis l’intro de Blues for M&N reste dans cette ambiance bluesy avec un diatonique qui s’apparente à un harmonica, précédant des attaques résolument plus rock assénées par une basse qui ronfle d’aise et une frappe au carré. Inutile de dire combien les roulements de Manu sont ultra pêchus et le ressenti qu’on peut en avoir quand on est devant lui au premier rang !
Dans un autre registre, avec une guitare d’obédience plus classique pour broder, avec de belles résonances, l’émouvante mélodie de Jeannette sur son cheval, on est touché par le lyrisme bien chevaleresque de cette compo nostalgique où chacun prend la parole à son tour. Vient alors, sous des éclairages adéquats et très esthétiques par leur graduation, cette fameuse Saison Orange – qui est aussi une couleur pleine de vie dégageant une chaleureuse énergie – évoquée de façon plus martiale avec un son flamenco-rock, tandis que l’accordéon étire sa plainte.
Touchante poésie sonore
Nettement plus apaisé, Aime élargit encore un espace sonore grand ouvert vers l’infini, et l’on est suspendu par le son planant qui s’en dégage, notamment quand la basse seule émet ses belles harmoniques. Une touchante poésie sonore sur une note continue de synthé samplée, et longuement développée sans la batterie, qui n’interviendra que plus tard, laissant le public dans une écoute passionnément attentive. Parmi toutes ces compositions originales signées par Quentin se glisse Alma, présentée par Didier qui en est l’auteur. Une sorte de madrigal écrit pour sa fille, empreint d’une élégance classico-baroque très joliment servie par le trio belge, avant que la batterie vienne lui donner un tempo plus syncopé et entêtant.
Comme sur l’album, il n’y aura qu’une seule reprise : cette judicieuse cover de L’Enfer, l’un des tubes de leur compatriote Stromae, que Quentin a revisité suite à une commande pour illustrer un documentaire sur la détresse de jeunes adultes souffrant de délabrement mental. Écrit à l’origine pour deux guitares, le morceau gagne ici en relief : la basse répétitive et hoquetante lui donne son tempo dans un superbe mariage des cordes, très expressif.
La Croisière se poursuit par le titre du même nom, avec son gimmick accrocheur qui nous ramène au blues-rock ronflant du début, tel une chevauchée dans les plaines du Mid-West, où Nicolas fait vrombrir sa cinq cordes dans un chorus typiquement dans l’esprit d’un Stanley Clarke, précédant Avril, toujours une compo saisonnière issue cette fois de l’album « Water & Fire » du duo Dujardin-Laloy. Encore une émouvante mélodie servie avec une certaine majesté dans son exécution. Une grâce enveloppante, qui a la délicatesse de la dentelle.
Nos quatre pointures achèveront leur set par un plus explosif Dany on the Road, avec dans l’entame un son rock seventies rappelant le chant de Robert Plant de Led Zep. Mais difficile de se quitter comme cela, tant on aimerait faire perdurer le plaisir. Quentin reviendra donc en solo pour un premier rappel, en faisant vibrer avec une folle dextérité ses cordes nylon sur un flamenco-jazz, rejoint ensuite par ses compères pour nous offrir un ultime Madagascar, où, comme c’était sans doute très attendu par beaucoup, Manu Katché lâchera un tonitruant solo de batterie dont il a le secret. Magistral, c’est bien le mot, comme le fut assurément ce concert de bout en bout.
Grenzecho, Avril 2026 (FR) – chronique concert Alter Schlachthof par Hans Reul
Plus de 300 spectateurs ont rempli la salle dimanche soir (26/04/2026) pour le concert du Quentin Dujardin 4tet à l’Ancien Abattoir d’Eupen “Alter Schlachthof”.
Des mélodies entraînantes, une musique de chambre virtuose alternant passages rock et moments poétiques, ont ravi les spectateurs, qui n’ont laissé le quatuor quitter la scène qu’après trois rappels. Quoi de mieux pour un organisateur de concerts que de devoir retarder le début d’un spectacle de quelques minutes parce que les spectateurs cherchent une place ?
C’est ce qu’a vécu Chudoscnik Sunergia dimanche soir. En effet, lorsqu’une telle affiche de “All Stars” se produit à Eupen, les mélomanes affluent de partout vers l’Ancien Abattoir.
Le guitariste et leader Quentin Dujardin s’est entouré de trois collaborateurs exceptionnels pour son dernier album et la tournée Saison Orange: Didier Laloy (accordéon diatonique), Nicolas Fiszman (basse électrique) et, bien sûr, Manu Katché (batterie).
« Il y a beaucoup plus de monde aux concerts le soir que le matin. »
« D’habitude, je joue aux concerts en matinée à l’Ancien Abattoir, mais je constate qu’il y a beaucoup plus de monde le soir que le matin », a confié Didier Laloy au public avec son humour et son ironie habituels.
Didier Laloy est un fidèle compagnon de Dujardin depuis de nombreuses années. Leur jeu se caractérise par une poésie incomparable; deux esprits musicaux subtils s’y rencontrent, et l’univers d’accords et de mélodies du guitariste se fond naturellement avec les sonorités tantôt douces, tantôt exaltantes, du petit accordéon, que Laloy a transformé en un instrument d’une richesse infinie.
Le bassiste Nicolas Fiszman est lui aussi un ami et compagnon de Dujardin depuis de nombreuses années. Ce bassiste et producteur belge est une figure incontournable de la scène internationale. La liste de ses collaborations, tant sur des albums que lors de tournées, ressemble à un véritable bottin mondain de la chanson française : Francis Cabrel, Zazie, l’inoubliable Maurane, mais aussi des musiciens de jazz comme Toots Thielemans, Didier Lockwood, Joe Zawinul et Charlie Mariano ont adoré jouer avec Fiszman, et en 2019, il a même tourné en Europe et aux États-Unis avec Sting.
La liste des musiciens avec lesquels Manu Katché a collaboré est tout aussi variée : de Dire Straits à Peter Gabriel, de Branford Marsalis à Tomasz Stanko pour le jazz, sans oublier ses nombreux projets personnels. Il est toujours ravi de jouer avec Quentin Dujardin, Saison Orange n’étant d’ailleurs pas leur première collaboration.
Concernant la tenue vestimentaire, les quatre musiciens avaient opté pour le noir, une couleur neutre, mais l’ambiance du concert était tout, sauf morose.
Dès les premières notes, Dujardin à la guitare acoustique amplifiée et Fiszman à la basse électrique, agrémentés de quelques touches électroniques, ont donné le ton. Puis, dans une atmosphère plus douce, Katché, avec ses frappes précises sur la caisse claire et les cymbales, et Laloy, avec son accordéon apaisant, les ont rejoints.
On sent tout de suite qu’ici, il n’y a pas besoin de longues discussions, les quatre musiciens se comprenaient à merveille. Rien d’étonnant après deux semaines de tournée, qui s’est conclue à Eupen. Dujardin est l’auteur de la plupart des compositions. Il n’a pris le micro que de temps à autre pour présenter un morceau. Le concert s’est déroulé comme un flot continu, porté par la dynamique du quatuor. Tout est d’une coordination exquise ; les éclairs de virtuosité sont rares, maîtrisés par tous mais jamais ostentatoires. Dujardin est un musicien qui affectionne les mélodies simples, mais jamais simplistes, des mélodies capables de transporter l’auditeur dans des univers oniriques. Lui-même ne qualifie pas sa musique de jazz, qu’il juge parfois trop cérébrale. Certes, on pourrait parfois souhaiter davantage d’improvisation de sa part ou de celle de ses collègues, mais tout s’inscrit dans la forme mélodieuse. Le succès lui donne raison à cet égard. De temps à autre, Dujardin souhaite marquer un temps d’arrêt dans ce flux captivant puis doux et dit quelques mots sur les morceaux. Par exemple, il a dédié la composition Janette sur son Cheval à sa fille. On comprend aisément qu’il s’agisse d’une déclaration d’amour musicale sincère.
D’ailleurs, Didier Laloy n’est en rien inférieur à Dujardin à cet égard. Il a dédié une composition Alma « L’âme intrépide » à sa fille. Ainsi sont les pères.
Le point de départ du morceau éponyme, Saison Orange, est tout autre. Dujardin vit depuis plusieurs années aux Avins-en-Condroz, un village idyllique de la région de Condroz. Or, il a remarqué il y a quelque temps qu’entre l’hiver et le printemps, au moment où les premières fleurs et plantes éclosent dans les champs et les prairies, la terre se teinte d’orange. C’est la période des pesticides, qui rendent le sol orange et presque sans vie, avec des conséquences bien connues sur les nappes phréatiques. Pourtant, cette destruction environnementale se poursuit année après année.
« Nous ne verrons pas les conséquences catastrophiques, mais nos enfants et petits-enfants, si, c’est pourquoi il est important pour moi d’attirer l’attention sur ce problème. »
Quentin Dujardin a enregistré pour la première fois une reprise du titre : L’enfer de Stromae sur un album. Le point de départ était le suivant :
« Un cinéaste m’a commandé la musique d’un documentaire. Le film, « Tout s’est arrangé, ou pas », traite des conséquences psychologiques de la pandémie de Covid-19 pour les jeunes filles de 13 à 18 ans. Le réalisateur m’a demandé d’utiliser la chanson de Stromae, L’enfer, comme fil conducteur musical. Dans cette chanson Stromae évoque ses propres difficultés liées à la santé mentale. La chanson et le film m’ont profondément touché, et il est donc important pour moi d’interpréter également ce morceau en direct. ».
Quentin Dujardin sait donner libre cours aux émotions à travers sa musique, et la sensibilité de ses collègues musiciens est telle que ces émotions s’expriment pleinement. Après près d’une heure et demie, les quatre musiciens ont quitté la scène, mais l’ovation debout du public a immédiatement fait revenir Dujardin. Ce qui a suivi fut un rappel fantastique.
Tout d’abord, Dujardin, qui manie les loops avec une maîtrise exceptionnelle, transformant un morceau solo en une pièce aux sonorités quasi orchestrales, a captivé le public à lui seul. Puis, le groupe au complet est revenu. Malgré tout le respect dû au talent et à la sensibilité musicale de Laloy et Fiszman, Katché a offert un moment inoubliable du concert. Un solo de plusieurs minutes, une véritable leçon pour tous les batteurs. Il disposait du cadre idéal pour faire chanter sa batterie. Si son art de rendre les enchaînements rythmiques les plus complexes d’une apparente facilité a pu être admiré tout au long de la soirée, son solo de plusieurs minutes est devenu une leçon magistrale pour tous les batteurs.
Des structures métriques complexes fusionnent en une unité naturelle ; Le jeu sur les cymbales et le charleston sonnait comme des mélodies inventées, complété par une grosse caisse d’une régularité incomparable et d’une précision délicate, une évolution dynamique du pianissimo doux au forte sans jamais tomber dans une force ostentatoire : c’était une performance époustouflante, magistrale, non seulement pour les amateurs de batterie, mais aussi pour ceux qui ne sont pas habituellement friands de cet instrument.
Les applaudissements étaient nourris, et après un troisième rappel, on pouvait voir des visages rayonnants partout.
Jazz’in Lyon, Avril 2026 (FR) – chronique concert par Dominique Largeron
L’univers dans lequel a emporté le public le guitariste Quentin Dujardin qui s’est produit en quartet au Manège à Vienne n’est assurément pas celui des sentiers battus et rebattus.
Armé de la grâce et de la douceur de sa guitare à cordes de nylon, ce qui n’est pas si courant dans le Jazz, il a transporté le public présent pour ce concert qui était organisé en partenariat par le théâtre François Ponsard et Jazz à Vienne, dans des sentiers jazzique que l’on n’a pas coutume de croiser.
Et ce, avec un goût affiché du risque pour les chemins de traverse où il ré-invente en permanence son propre univers.
C’est sans doute pour cela que d’emblée, on ne rentre par immédiatement dans sa musique qui désarçonne quelque peu, dont il faut s’imprégner progressivement pour la goûter pleinement.
A quelques exceptions près, une reprise de Stromae à la tonalité tragique L’enfer et une composition de l’accordéoniste Didier Laloy dédiée à sa fille Alma, également musicienne : la plupart des morceaux joués ont été composés par Quentin Dujardin et tirés de son dernier opus intitulé Saison orange.
A la base, le morceau choisi, Saison orange pour donner son nom à ce disque, n’a rien de particulièrement joyeux : il fait référence à cette « cinquième saison »: celle dont la nature se pare entre l’hiver et le printemps ; celle de ces champs recouvert autour de son village du côté de Liège en Belgique et rendus orangés par des nuages de pesticide.
Une composition qui paradoxalement s’est révélée à la fois empreinte de fraîcheur et de nostalgie…
Débutant par un solo de guitare, elle prend ensuite son envol rythmique avant d’entamer un dialogue fécond avec l’accordéon diatonique. L’entremêlement des deux solistes. est d’une alchimie douce et rare.
Comme quoi, de la dystopie peut aussi naître le beau…
Ce concert a aussi constitué une belle révélation, celle d’un autre artiste belge, Didier Laloy musicien qui se révèle un des représentants les plus actifs du renouveau de l’accordéon diatonique en Europe.
Sans oublier Manu Katché qui en fin de concert gratifia le public d’un long et époustouflant solo de batterie dont il a le secret…